En convention Syntec, les heures supplémentaires se paient aux taux légaux, 25 % puis 50 %, sans majoration conventionnelle plus favorable. La branche apporte en revanche une restriction que beaucoup d'employeurs ignorent : le contingent annuel des ETAM est ramené à 130 heures, contre 220 dans le régime réglementaire.
Le vrai sujet est ailleurs. En Syntec, la question n'est pas tant « combien coûte une heure supplémentaire » que « ce salarié en fait-il, ou son forfait les absorbe-t-il ? ». C'est le rôle des trois modalités d'aménagement du temps de travail, et l'une d'elles est assortie d'une condition dont le non-respect coûte cher.
Heures supplémentaires Syntec : l'essentiel
| Point | Règle | Origine |
|---|---|---|
| Majoration des 8 premières heures | 25 %, de la 36e à la 43e heure | Code du travail |
| Majoration au-delà | 50 %, à partir de la 44e heure | Code du travail |
| Contingent annuel, ETAM | 130 heures | Syntec, article 6.2 |
| Contingent annuel, ingénieurs et cadres | Contingent réglementaire, soit 220 heures | Code du travail |
| Remplacement par du repos | Possible, par accord d'entreprise | Code du travail |
| Salariés au forfait jours | Pas d'heures supplémentaires | Syntec, modalité 3 |
Quelles majorations pour une heure supplémentaire ?
Les taux légaux, sans exception. L'article 6.2 de la convention est explicite : « les heures supplémentaires sont payées conformément aux majorations prévues par la loi ». La branche n'a donc négocié ni taux plus favorable, ni taux réduit.
Concrètement, pour un salarié à 35 heures : 25 % de la 36e à la 43e heure de la semaine, puis 50 % à partir de la 44e. Le décompte est hebdomadaire, ce qui compte : une semaine à 45 heures et une semaine à 25 heures ne se compensent pas, sauf aménagement du temps de travail sur une période supérieure à la semaine.
Le paiement peut être remplacé par un repos compensateur équivalent, mais cela suppose un accord d'entreprise, ou à défaut une décision de l'employeur après consultation du CSE. Ce remplacement n'est pas automatique et ne se décide pas au cas par cas.
Le contingent annuel : la vraie spécificité de la branche
C'est ici que la Syntec se distingue, et dans un sens restrictif. L'article 6.2 fixe un contingent annuel de 130 heures supplémentaires pour les ETAM, là où le régime réglementaire retient 220 heures. Une entreprise de la branche dispose donc, pour ses ETAM, d'une marge inférieure de 90 heures par salarié et par an.
Pour les ingénieurs et cadres, la convention renvoie au contingent réglementaire. La distinction est importante et rarement faite : beaucoup de sources annoncent « 130 heures en Syntec » sans préciser qu'il s'agit du seul contingent ETAM.
Dépasser le contingent reste possible, mais déclenche une contrepartie obligatoire en repos qui s'ajoute à la majoration. Elle vaut 50 % des heures accomplies au-delà du contingent dans les entreprises d'au plus vingt salariés, et 100 % au-delà. Le CSE doit par ailleurs être consulté.
Un point de vocabulaire utile : le contingent ne plafonne pas les heures supplémentaires, il fixe le seuil au-delà duquel elles coûtent davantage. Les limites impératives sont ailleurs, dans les durées maximales de travail, 48 heures sur une semaine et 44 heures en moyenne sur douze semaines.
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Calculez le coût d'une semaine avec heures supplémentaires
Calcul valable en modalité 1, la seule qui génère des heures supplémentaires au sens classique. En modalité 2, les heures au-delà de 35 h sont absorbées par le forfait ; en forfait jours, la notion n'existe pas.
Estimation sur la base d'un taux horaire reconstitué à partir du salaire mensuel brut et de la durée légale mensualisée de 151,67 heures. La ventilation retenue est celle du code du travail : 25 % de la 36e à la 43e heure, 50 % à partir de la 44e. Au-delà du contingent annuel s'ajoute une contrepartie obligatoire en repos non chiffrée ici.
Qui peut faire des heures supplémentaires en Syntec ?
Tout dépend de la modalité d'aménagement du temps de travail applicable au salarié. L'accord de branche du 22 juin 1999, toujours en vigueur et modifié en 2014 puis en 2022, en organise trois. Le cadre d'ensemble est posé dans notre guide de la convention collective Syntec.
| Modalité | Pour qui | Durée | Heures supplémentaires |
|---|---|---|---|
| 1. Standard | ETAM et certains cadres | 35 h par semaine | Oui, dès la 36e heure |
| 2. Réalisation de missions | Ingénieurs et cadres, sous condition | Jusqu'à 38 h 30 par semaine | Non, absorbées par le forfait |
| 3. Forfait annuel en jours | Position 2.3 minimum, ou rémunération élevée | 218 jours par an | Non, décompte en jours |
La modalité 1 est la seule où la mécanique classique s'applique pleinement. En modalité 2, les 3 h 30 au-delà de 35 heures sont comprises dans la rémunération forfaitaire et compensées par des jours de repos, non payées en heures supplémentaires. En modalité 3, le décompte se fait en jours : la notion d'heure supplémentaire n'existe pas, ce sont les jours de repos qui régulent la charge.
Le décompte change si le temps de travail est annualisé
La modalité 1 ne se limite pas à « 35 heures par semaine ». L'accord de branche lui associe un plafond annuel, et c'est lui qui commande le décompte lorsque l'entreprise a mis en place un aménagement du temps de travail sur l'année.
Attention au chiffre. L'accord de 1999 mentionne 1 610 heures, mais ce nombre est antérieur à la création de la journée de solidarité. La référence retenue en pratique pour le seuil annuel est celle du code du travail, soit 1 607 heures, journée de solidarité comprise. Vérifiez ce que retient votre propre accord d'entreprise, car c'est lui qui fixe le seuil applicable.
La conséquence est contre-intuitive et vaut d'être comprise. En annualisation, une semaine à 42 heures ne génère pas mécaniquement d'heures supplémentaires : elle se compense avec les semaines basses, et le décompte ne se fait qu'en fin de période, sur les heures dépassant le seuil annuel. Hors annualisation, à l'inverse, le décompte reste strictement hebdomadaire et une semaine haute déclenche immédiatement les majorations.
C'est la première question à trancher avant tout calcul : votre entreprise a-t-elle un accord d'aménagement du temps de travail sur l'année, ou non ? La réponse change le résultat du tout au tout.
Heures supplémentaires ou heures complémentaires ?
La confusion est fréquente et les deux notions n'ont rien à voir. Les heures supplémentaires concernent un salarié à temps plein et se déclenchent au-delà de 35 heures. Les heures complémentaires concernent un salarié à temps partiel et se déclenchent au-delà de sa durée contractuelle, sans jamais pouvoir atteindre 35 heures.
Les régimes diffèrent sur tous les points. Le plafond n'est pas le même, un dixième de la durée contractuelle en Syntec contre un contingent annuel exprimé en heures. La majoration non plus, 10 % pour les heures complémentaires contre 25 puis 50 % pour les supplémentaires. Et surtout, porter un temps partiel à 35 heures par le jeu des heures complémentaires expose à une requalification en temps complet, là où un temps plein peut légitimement dépasser.
Le piège de la modalité 2
La modalité « réalisation de missions » est la plus utilisée en ESN et en cabinet de conseil, et la plus fragile. Elle n'est ouverte qu'aux ingénieurs et cadres dont la rémunération atteint au moins le plafond annuel de la Sécurité sociale, et l'accord impose en outre une rémunération annuelle d'au moins 115 % du minimum conventionnel de la catégorie.
Cette condition de rémunération n'est pas une recommandation, c'est une condition d'éligibilité. La Cour de cassation l'a jugé le 4 novembre 2015 : un salarié rémunéré en deçà du plafond ne relève pas de la modalité 2, et le forfait lui est inopposable. Le salarié ne peut d'ailleurs pas y renoncer, même par une clause acceptée de son contrat.
La conséquence se chiffre. Le salarié redevient soumis à la durée légale et peut réclamer le paiement de toutes les heures accomplies au-delà de 35 heures, majorations comprises, sur les trois années de prescription applicables aux rappels de salaire. Pour un cadre à 38 h 30 pendant trois ans, cela représente plusieurs centaines d'heures.
Deux réflexes en découlent. Vérifier chaque année, au moment de la revalorisation du plafond, que les salariés en modalité 2 restent au-dessus du seuil. Et documenter le décompte du temps de travail, car en cas de litige c'est à l'employeur de justifier des horaires effectivement réalisés.
Ce qu'il faut retenir
📌 En résumé
Pour gérer les heures supplémentaires en convention Syntec :
- les majorations sont celles de la loi, 25 % puis 50 %, sans amélioration conventionnelle
- le contingent des ETAM est ramené à 130 heures, contre 220 pour les ingénieurs et cadres
- au-delà du contingent s'ajoute une contrepartie obligatoire en repos, de 50 % ou 100 % selon l'effectif
- seule la modalité 1 génère des heures supplémentaires au sens classique
- la modalité 2 suppose une rémunération au moins égale au plafond de la Sécurité sociale, sous peine d'inopposabilité du forfait
- un forfait invalide expose à un rappel d'heures sur trois ans